La réponse courte
Pour débuter la linogravure, il suffit d'une plaque (lino ou gomme à graver, plus tendre), d'un manche avec quelques gouges en V et en U, d'une encre à l'eau, d'un rouleau encreur et d'une cuillère pour presser le papier. Dessinez votre motif à l'envers, creusez toujours en éloignant la lame de votre main, puis encrez et imprimez sans presse.
Cet article contient des liens affiliés Amazon : si vous achetez via ces liens, Ferndale Rep peut percevoir une commission, sans surcoût pour vous. Notre sélection est indépendante. Comment nous travaillons.
À retenir
- La gomme à graver se creuse plus facilement que le lino traditionnel, qui reste plus net pour les détails fins et se ramollit à la chaleur.
- Deux formes de gouges suffisent pour commencer : un V pour les contours, un U pour évider les grandes surfaces.
- Tout ce qui est creusé reste blanc, et l'image imprimée est inversée : textes et chiffres se gravent à l'envers.
- La règle de sécurité absolue : la main libre toujours derrière la lame, la gouge poussée vers l'extérieur.
- Une cuillère en bois ou un baren remplacent très bien la presse pour les premiers tirages.
La linogravure a tout pour séduire un débutant : un matériel peu coûteux, aucune presse obligatoire et le plaisir unique de soulever la feuille pour découvrir son premier tirage. Ce guide vous explique quoi acheter, comment graver sans vous blesser et comment imprimer chez vous, du simple motif noir jusqu’à la gravure en plusieurs couleurs.
Qu’est-ce que la linogravure, exactement ?
La linogravure est une technique de gravure en relief : vous creusez une plaque, puis vous encrez la surface restée intacte et vous la pressez contre une feuille. Tout ce que vous enlevez reste blanc ; tout ce que vous laissez imprime.
Deux conséquences guident tout le travail :
- On pense en négatif. Graver, c’est retirer la lumière. Un trait noir fin s’obtient en creusant de chaque côté ; un trait blanc, en creusant le trait lui-même.
- L’image est inversée. Ce qui est à gauche sur la plaque sera à droite sur le papier. Textes, signatures et chiffres se gravent donc à l’envers.
La technique a été popularisée par de grands noms. Picasso, initié à Vallauris en 1954 par le jeune imprimeur Hidalgo Arnéra, y est venu par des affiches d’exposition et de corrida, a introduit la couleur dès 1956 et a réalisé environ 200 linogravures avant de quitter Vallauris. Il a aussi largement exploité la méthode de la « plaque perdue », que nous verrons plus bas.
Quel matériel faut-il pour débuter ?
La liste est courte. Le tableau ci-dessous résume l’essentiel et ce qui peut attendre.
| Matériel | Rôle | Indispensable au départ ? |
|---|---|---|
| Plaque (lino ou gomme à graver) | Support que l’on creuse | Oui |
| Manche et gouges | Creuser les traits et évider les surfaces | Oui |
| Encre de gravure en relief | Encrer la plaque | Oui |
| Rouleau encreur (brayer) | Étaler une couche fine et régulière | Oui |
| Plaque de verre ou bac d’encrage | Préparer l’encre au rouleau | Oui (une vitre ou un plateau lisse dépanne) |
| Cuillère en bois ou baren | Presser le papier sur la plaque | Oui |
| Planche à taquet (bench hook) | Caler la plaque, protéger la table et les mains | Très recommandé |
| Presse | Pression homogène, grands formats | Non |
Plaque de lino ou gomme à graver ?
Le linoléum traditionnel est fabriqué à base d’huile de lin et de charges, sur une toile de jute. Il est ferme, ce qui donne des traits très nets et des détails fins, mais il résiste davantage sous la gouge, surtout quand il fait froid. Une astuce classique : le réchauffer quelques minutes au sèche-cheveux ou sur un radiateur pour l’assouplir.
La gomme à graver (Essdee Softcut, Speedball Speedy-Carve et produits équivalents) est une plaque souple et épaisse, beaucoup plus facile à creuser. Speedball indique que sa Speedy-Carve accepte les traits fins sans s’effriter et fonctionne aussi bien avec les encres à l’eau qu’avec les encres grasses. Elle se découpe au cutter, pratique pour les impressions en plusieurs couleurs.
Notre conseil : faites vos premiers motifs sur gomme pour apprivoiser le geste, puis passez au lino quand vous cherchez plus de précision.
Quelles gouges choisir : Essdee, Abig, Pfeil ?
Les gouges de linogravure se répartissent en deux grandes familles :
- Les manches à lames interchangeables. C’est l’entrée la plus économique. Le set Essdee classique associe un manche et cinq lames n° 1 à 5 en acier à haute teneur en carbone, qui se rangent dans le manche. Abig propose un set comparable de cinq pièces, avec un manche en bois en forme de poire et des lames en V, en U, un couteau de contour et deux gouges creuses de 3 et 4 mm.
- Les gouges à manche fixe. Plus chères, elles coupent plus proprement et durent plus longtemps. Les gouges suisses Pfeil sont une référence chez les graveurs : forgées, affûtées et polies en usine, avec des manches en bois tenus dans la paume. Elles existent à l’unité ou en sets de cinq, six ou douze outils.
Quelle que soit la marque, deux formes font l’essentiel du travail :
| Forme | Usage | Conseil |
|---|---|---|
| Gouge en V | Contours, traits fins, hachures | Choisissez un petit V pour les détails |
| Gouge en U étroite | Lignes plus douces, textures | Polyvalente au quotidien |
| Gouge en U large | Évider les grandes zones blanches | Indispensable dès que le motif grandit |
| Couteau | Découpes nettes, contours francs | Utile mais pas prioritaire |
Une lame émoussée glisse et dérape : c’est elle qui blesse, pas la lame bien affûtée. Les lames interchangeables bon marché s’usent vite ; prévoyez de les remplacer, ou investissez plus tard dans quelques gouges fixes de qualité.
Encre à l’eau ou encre grasse ?
- Encre à l’eau : la plus simple pour débuter. Elle se nettoie au savon et à l’eau, sans solvant. Son défaut : elle sèche vite sur le rouleau et la plaque, ce qui oblige à travailler sans traîner.
- Encre grasse (à l’huile) : plus dense, plus confortable à étaler et plus lente à sécher, elle donne des noirs profonds. Le nettoyage demande en revanche des produits spécifiques, et certaines contiennent des pigments à manipuler avec précaution : consultez leur fiche de sécurité.
- Encre grasse lavable à l’eau : la Caligo Safe Wash de Cranfield est une encre grasse conçue pour se nettoyer au savon et à l’eau, sans solvant. Petite subtilité relevée par l’université de la Saskatchewan dans son guide sur la gravure plus sûre : on applique le savon avant l’eau, sinon l’encre a tendance à accrocher.
Pour imprimer sur du textile (tote bag, tee-shirt), prenez une encre spécifique pour tissu.
Comment graver sa plaque sans se blesser ?
La gouge coupe, et le dérapage arrive toujours au moment où l’on force. Quatre règles, reprises par tous les guides d’atelier :
- Poussez toujours la lame vers l’extérieur, en l’éloignant de votre corps.
- Gardez la main libre derrière la lame ou sur le côté, jamais dans sa trajectoire.
- Calez la plaque sur une planche à taquet ou une surface antidérapante. Tournez la plaque plutôt que votre poignet dans les courbes.
- Ne creusez pas trop profond. Quelques millimètres suffisent pour que les creux n’accrochent pas l’encre ; une plaque trop creusée se fragilise.
Ajoutez un gant de protection ou une garde de sécurité si vous débutez, et faites des pauses : tenir une gouge longtemps fatigue la main et le poignet.
Comment préparer et transférer son dessin ?
Simplifier le motif
La linogravure aime les formes franches. Commencez par un motif de la taille d’une carte postale : une feuille, un animal, un objet du quotidien. Évitez les dégradés subtils, que l’on traduira plus tard par des hachures. Si vous avez besoin de reprendre les bases du trait, notre guide pour apprendre à dessiner en partant de zéro vous y aide, et un bon carnet de croquis reste le meilleur endroit pour préparer vos motifs.
Reporter le dessin à l’envers
Plusieurs méthodes fonctionnent :
- Le calque : dessinez sur papier calque au crayon tendre, retournez-le sur la plaque, puis frottez le dos. Le dessin se dépose déjà inversé.
- Le dessin direct : dessinez sur la plaque au crayon, en pensant à inverser lettres et chiffres.
- Le noircissement : encrez au feutre les zones qui doivent imprimer. Vous visualisez ainsi le résultat avant de creuser.
Graver dans le bon ordre
Tracez d’abord les contours à la gouge en V, puis évidez les grandes zones au U large, et terminez par les textures. Faites régulièrement une épreuve d’essai : une impression rapide révèle tout de suite ce qui manque.
Comment imprimer sans presse ?
Encrer
Déposez un peu d’encre sur la plaque de verre et roulez-la dans plusieurs directions jusqu’à obtenir une couche fine, satinée, qui « grésille » légèrement sous le rouleau. Passez ensuite le rouleau sur la plaque, dans plusieurs sens. Trop d’encre bouche les creux fins ; pas assez donne un tirage pâle et tacheté.
Presser
Posez la feuille sur la plaque encrée, sans la faire glisser. Frottez le dos du papier avec le dos d’une cuillère en bois ou avec un baren, par petits mouvements circulaires, en couvrant toute la surface. Soulevez un coin pour contrôler, puis continuez si les noirs manquent de densité.
Choisir le papier
Pour l’impression à la main, un papier fin et lisse est plus facile : la pression de la cuillère traverse mieux la feuille et l’encre se dépose régulièrement. Les papiers japonais, très utilisés en gravure, sont parfaits pour cela. Les papiers très épais ou à fort grain, comme l’aquarelle, demandent davantage de pression et conviennent mieux à la presse. Pour vos essais, un papier d’impression ordinaire suffit.
Signez et numérotez vos tirages au crayon sous l’image, à la manière des graveurs : par exemple 3/10 pour le troisième tirage d’une série de dix.
Comment faire une linogravure en plusieurs couleurs ?
Deux méthodes coexistent.
Une plaque par couleur
Vous gravez autant de plaques que de couleurs, chacune pour sa zone, puis vous les imprimez l’une après l’autre sur la même feuille. Avantage : vous pouvez retirer autant d’exemplaires que vous voulez. Difficulté : le repérage, c’est-à-dire l’alignement parfait des plaques d’un passage à l’autre. Un gabarit en carton dans lequel la plaque et la feuille se calent toujours au même endroit règle l’essentiel du problème.
La plaque perdue (gravure par réduction)
Ici, une seule plaque sert pour toutes les couleurs. Vous gravez d’abord ce qui doit rester blanc, imprimez toute la série dans la couleur la plus claire, puis creusez à nouveau la même plaque pour ne garder que ce qui recevra la couleur suivante, plus foncée. Et ainsi de suite. Picasso a recouru à ce procédé à Vallauris à partir de 1959, précisément pour éviter les longs repérages entre plusieurs plaques.
La contrepartie est de taille : la plaque est détruite au fil du travail. Le nombre de tirages est donc fixé dès la première couleur. Imprimez quelques feuilles de plus que prévu pour absorber les ratés, et laissez sécher chaque couleur avant de passer à la suivante.
Quelles erreurs éviter quand on débute ?
- Oublier d’inverser le texte. L’erreur la plus classique, et la plus frustrante.
- Creuser trop près des traits à conserver. Mieux vaut laisser une petite marge et l’affiner ensuite : on ne recolle pas un trait.
- Laisser des reliefs dans les zones blanches. Ils accrochent l’encre et laissent des marques parasites. Ces traces peuvent aussi devenir un choix de style.
- Charger le rouleau. Une couche trop épaisse empâte les détails.
- Graver avec une lame émoussée. Elle force, dérape et arrache la matière.
- Nettoyer trop tard. L’encre à l’eau sèche vite sur le rouleau : lavez le matériel juste après la séance, puis séchez bien les gouges, qui peuvent rouiller.
Combien coûte le matériel pour débuter ?
Les prix varient selon les enseignes et les périodes. Voici des ordres de grandeur indicatifs :
| Équipement | Budget indicatif |
|---|---|
| Manche et set de 5 lames interchangeables | ≈ 10 à 20 € |
| Plaques de gomme à graver ou de lino (petits formats) | ≈ 5 à 15 € |
| Rouleau encreur de 100 mm environ | ≈ 12 à 25 € |
| Tube d’encre de gravure en relief | ≈ 8 à 15 € |
| Kit complet de débutant | ≈ 35 à 60 € |
| Set de gouges professionnelles (5 à 6 outils) | ≈ 130 à 170 € |
Un kit complet comme celui d’Essdee, qui réunit plaques, gouges, rouleau, baren et encre, permet de démarrer sans réfléchir. Vous pourrez ensuite compléter avec quelques plaques de gomme supplémentaires et, plus tard, une ou deux gouges de qualité pour les outils que vous utilisez le plus.
Notre conseil pour commencer
Choisissez un motif simple de format carte postale, gravez-le sur une plaque de gomme avec une gouge en V et une gouge en U, et imprimez une dizaine d’épreuves à la cuillère, à l’encre à l’eau noire. Vous verrez très vite ce qui fonctionne. Ensuite seulement, passez au lino, puis à une deuxième couleur. Si le travail du trait et de la lettre vous attire, la linogravure se marie d’ailleurs très bien avec la calligraphie et le lettering pour créer cartes, ex-libris et affiches.
Questions fréquentes
Quelle différence entre linogravure et gomme à graver ?
Le linoléum traditionnel est une plaque assez ferme, sur toile de jute, qui donne des traits très nets mais demande plus d'effort, surtout à froid. La gomme à graver (Softcut, Speedy-Carve et équivalents) est plus tendre et se creuse presque comme du beurre. Pour un premier essai, la gomme est plus confortable ; pour des détails fins et des tirages nombreux, le lino garde l'avantage.
Faut-il une presse pour faire de la linogravure ?
Non. Les débutants impriment très bien à la main, en frottant le dos du papier avec une cuillère en bois ou un baren. La presse apporte une pression plus homogène et plus de confort sur les grands formats et les séries, mais elle n'est pas indispensable pour apprendre.
Quelle encre choisir pour débuter la linogravure ?
Une encre à l'eau est la plus simple : elle se nettoie au savon et à l'eau, sans solvant. Elle sèche toutefois vite sur la plaque. Les encres grasses donnent un rendu plus dense mais demandent un nettoyage plus contraignant ; les encres grasses lavables à l'eau, comme la Caligo Safe Wash, sont un bon compromis.
Comment ramollir une plaque de lino trop dure ?
Réchauffez-la doucement : quelques minutes au sèche-cheveux, ou posée sur un radiateur, suffisent à la rendre plus souple. La gouge glisse alors mieux et le risque de dérapage diminue. Évitez de la surchauffer.
La linogravure convient-elle aux enfants ?
Oui, à partir du moment où un adulte encadre la gravure, car les gouges coupent. Privilégiez la gomme à graver, plus tendre, une protection pour la main et une planche à taquet. Les plus jeunes peuvent aussi se limiter à l'encrage et à l'impression d'une plaque préparée par un adulte.
Sources et références
- Specialist Crafts — Lino Printing Technique Focus (PDF)
- University of Saskatchewan — Safer Printmaking : Relief (linocut, woodcut)
- Speedball — Speedy-Carve Blocks
- Ville de Nîmes — Picasso et la linogravure, ressource pédagogique (PDF)
- T N Lawrence — Pfeil Linoleum and Block Cutters
- Melbourne Etching Supplies — Essdee Lino Cutting and Printing Kit
Article mis à jour le 16 octobre 2026. Une erreur, une info périmée ? Signalez-la-nous.